Une crise d’origine cyber ne se joue pas uniquement sur le terrain technique. Si la réponse informatique est indispensable pour endiguer l’incident, la survie de la structure, elle, se décide ailleurs : autour de la table de la cellule de crise.
C’est là, dans ce huis clos sous haute tension, que des dirigeants, des directeurs juridiques, des responsables communication et des experts techniques doivent collaborer. Ils font face à une situation paradoxale : ils doivent prendre des décisions stratégiques lourdes de conséquences (arrêt de la production, communication publique, paiement ou non d’une rançon), le tout dans un temps contraint et sur la base d’informations souvent parcellaires, techniques et en grande quantité.
Comment, dans ce contexte d’incertitude radicale, l’individu traite-t-il l’information ? Comment s’assurer que des facteurs ne viennent pas biaiser le jugement ? C’est pour répondre à ces questions que Nathan Vital, doctorant au sein d’Alcyconie, mène un projet de recherche doctoral inédit, au croisement de la psychologie cognitive et de la cyber.
1. Genèse d’une rencontre : du terrain au laboratoire
Ce projet de thèse ne s’est pas construit ex nihilo. Il est le fruit d’une rencontre entre deux mondes qui ont tout à gagner à collaborer : l’expertise opérationnelle et la rigueur académique.
Tout commence lors de la préparation du stage de Master 2 de Nathan Vital. Sa directrice de recherche, Aline Chevalier (Professeure en Psychologie cognitive et Ergonomie au laboratoire CLLE), est mise en relation avec Stéphanie Ledoux (CEO d’Alcyconie) par l’intermédiaire d’une connaissance commune. Dès les premiers échanges, une volonté claire émerge du côté d’Alcyconie : comprendre sous un prisme scientifique les prises de décision des opérateurs en situation.
Sur le terrain, lors des exercices de crise immersifs organisés par Alcyconie, les experts observaient des phénomènes récurrents : des décisions précipitées, des fixations sur des détails techniques, ou des difficultés à communiquer.
Emerge alors l’intuition que des mécanismes psychologiques étaient à l’œuvre, c’est pourquoi il est nécessaire de passer de l’observation à l’explication scientifique. Une nécessité réelle de comprendre, sous un prisme expérimental, ce qui se jouait réellement dans la tête des décideurs.
Le constat : un vide scientifique à combler
Durant ce stage de M2, en se familiarisant avec la littérature scientifique, le doctorant a fait un constat frappant. Il existait une abondance de travaux sur la prise de décision en situation de crise (humanitaire, nucléaire, aéronautique, etc.). On savait par exemple comment les biais cognitifs affectaient des urgentistes ou des pilotes.
Mais paradoxalement, la gestion de crise d’origine cyber restait un angle mort de la recherche. Les spécificités de ce domaine (une menace intangible, une technicité forte, une pression temporelle extrême et des conséquences systémiques) n’avaient pas été étudiées sous l’angle de la cognition.
C’est de ce constat qu’est née une conviction commune entre le laboratoire et l’entreprise : il était urgent de développer une approche scientifique dédiée à la gestion de crise d’origine cyber.
2. La thèse CIFRE : un pont entre recherche et entreprise
Pour concrétiser cette ambition, le dispositif CIFRE (Convention Industrielle de Formation par la Recherche), proposé par l’ANRT (Agence Nationale de la Recherche Technologie), s’est imposé comme l’évidence. Ce dispositif permet au doctorant de mener sa recherche à mi-temps dans un laboratoire public (ici le laboratoire CLLE, CNRS/Université de Toulouse Jean Jaurès) et à mi-temps en entreprise, chez Alcyconie. Ce projet, aujourd’hui lauréat de l’appel à projets France 2030 « Innovations Critiques Cyber », répond à un double besoin :
- Scientifique : Combler le manque de données sur la cognition de la prise de décision en environnement cyber.
- Sociétal : Renforcer la résilience des organisations françaises (OIV, entreprises, collectivités) en leur donnant des clés de compréhension pour mieux se défendre.
3. Le cœur du réacteur : raisonnement et conscience de la situation
Le projet de recherche repose sur une question centrale : face à l’inconnu et à la pression, comment faisons-nous le tri en termes de traitement de l’information ?
En situation plus sereine, nous avons le temps d’analyser chaque information. Mais une cyberattaque rebat les cartes : le flux d’informations devient massif, contradictoire, et le temps manque. Dans ce contexte, la littérature scientifique nous apprend que l’humain change de mode de « fonctionnement ». Pour gagner du temps, notre cerveau emprunte des « raccourcis cognitifs ».
L’intuition face à l’analyse C’est le cœur du sujet : la tension permanente entre l’intuition (rapide, automatique) et l’analyse (plus lente, plus coûteuse en énergie). Si l’intuition est indispensable pour réagir vite, elle peut parfois jouer des tours et altérer la perception de la réalité.
L’objectif est de comprendre comment ces mécanismes influencent la conscience de la situation (la capacité à comprendre ce qui se passe réellement à l’instant T). Est-ce que ces situations intenses aident à focaliser l’attention sur les bons éléments, ou au contraire, enferment-elles le décideur dans une vision tunnel ? C’est précisément pour mesurer ces phénomènes invisibles, sans a priori, qu’il est nécessaire de recueillir des données issues du terrain.
4. Participez à l’étude nationale en cours
Le projet est actuellement dans une phase charnière : la collecte de données d’une première étude. Après avoir posé les bases théoriques, il s’agit maintenant d’observer comment ces mécanismes s’activent chez les professionnels en situation.
C’est pourquoi un appel à participation pour une étude en ligne d’envergure est lancé.
Votre profil nous intéresse ! Que vous soyez DSI, RSSI, membre de la Direction, Juriste, RH ou Communicant, si vous avez déjà été impliqué de près ou de loin dans une gestion de crise d’origine cyber (qu’elle soit réelle ou lors d’un exercice), votre expérience est précieuse.
En quoi consiste l’étude ? Il s’agit d’un questionnaire en ligne sécurisé (sur la plateforme Qualtrics), d’une durée de 20 à 25 minutes. Vous serez plongé dans des mises en situation réalistes de gestion de crise. Il n’y a pas de « bonnes » ou de « mauvaises » réponses : l’objectif est simplement de capturer la manière dont vous appréhendez l’information et prenez des décisions dans un contexte incertain.
Pourquoi participer ? Participer, c’est aider la recherche scientifique à mieux comprendre l’humain derrière l’écran. C’est contribuer à rendre nos organisations plus résilientes face à la menace.
En retour, un webinaire de restitution sera organisé à l’issue de l’étude pour partager avec les participants les grandes tendances observées (anonymisées) et les enseignements clés pour leurs propres pratiques.

Merci de contribuer à la production de connaissances scientifiques qui profiteront au domaine de la cyber !
Étude réalisée par :
Nathan VITAL – Doctorant en psychologie cognitive – en CIFRE chez Alcyconie
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